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23 septembre 2021

Semaine de l’égalité des sexes : inégalités dans les médias

On parle souvent de la représentation des femmes dans les médias, que ça soit par l’entremise du test Bechdel (qui vérifie si un film contient deux femmes nommées, qui se parlent à propos d’un sujet autre que d’un homme; ça semble simple comme test, mais seulement 57,6 % des films y réussissent), les discussions autour de la théorie de regard masculin créé par Laura Mulvey en 1975, ou l’hypersexualisation des femmes à l’écran. Mais les inégalités auxquelles font face les femmes dans les médias ne s’arrêtent pas là.

Qu’imaginez-vous lorsque vous pensez à un « gamer »? Un garçon adolescent qui crie des blasphèmes à la télé? Un gars de 25 ans qui vit dans le sous-sol de ses parents? Un homme blanc célibataire dans sa quarantaine qui porte des lunettes? Ce n’est qu’une illusion (qui a originellement été créée par Nintendo durant le crash de l’industrie dans les années 80 lorsqu’ils ont décidé de vendre des jeux vidéo dans les départements de jouets, spécifiquement dans les sections pour garçons, et de faire du marketing très ciblé envers les jeunes garçons). En réalité, selon une étude par l’Entertainment Software Association of Canada, 61 % des Canadiens jouent à des jeux vidéos; de ces personnes, 50 % sont des femmes. En fait, 60 % des adolescentes canadiennes s’auto-identifient comme étant des gamers. Même auprès des femmes âgées de 55 à 64 ans, 36 % jouent aux jeux vidéo et en moyenne, elles jouent 8 heures par semaine. 

Pourquoi est-ce qu’on a encore l’illusion que les hommes jouent plus aux jeux vidéo? C’est la continuation d’une centaine d’années de dévalorisation des médias créée pour, et consommée, par les femmes. Qu’on parle des romans d’amour, des feuilletons, ou des comédies romantiques, les œuvres consommées plutôt par les femmes ont toujours eu de la difficulté à se faire prendre au sérieux par les critiques et les universitaires comme étant « véritablement » de l’art. C’est une tendance qui s’étend également aux jeux vidéo; les femmes sont plus nombreuses à jouer à des jeux mobiles et jouent moins à des jeux de consoles, qui sont plus valorisés comme étant des œuvres d’art. 

Mais ce n’est pas juste les médias créés pour les femmes qui sont moins valorisés; lorsque les nouvelles citent des experts et des sources, ils citent des hommes plus que deux fois plus souvent que les femmes. Au Canada, depuis le début de l’année, seulement 30 % des sources identifiées dans les articles publiés en ligne par les six plus grands médias étaient des femmes.

Les troubles continuent en coulisses; seulement 19 % des travailleurs dans l’industrie de jeux vidéo au Canada sont des femmes. Et parmi ces femmes, seulement 51 % travaillent directement en création de jeux vidéo. La situation est semblable  sur les plateaux de tournage; seulement 17 % des films et des épisodes de télévision sont réalisés par des femmes. Les femmes sont plus présentes comme scénaristes, mais même là, il n’y a pas de parité; elles ne travaillent que sur 22 % des films et 37 % des séries télévisées. Même lorsque les émissions de télé sont produites avec des fonds publics, les femmes sont sous-représentées dans les postes clés. Des séries financées par le Fonds des médias du Canada en 2017, seulement 43 % des scénaristes, 27 % des réalisatrices, et 9 % des cinématographes étaient des femmes.

Comme illustré, que ça soit en avant, à, ou en arrière de l’écran, les femmes font face à des inégalités énormes dans les médias. Malgré qu’elles soient responsables de la moitié de la consommation médiatique, l’hégémonie patriarcale des médias ne prend encore pas au sérieux les femmes. Même dans le monde plus démocratique des médias numériques, les femmes sont assujetties à plus de harcèlement, à plus de commentaires négatifs, et à plus de menaces de violence.

Les médias sont un des canaux de socialisation de genre et de propagation de culture les plus puissants de la société contemporaine. Il a un énorme impact sur les valeurs, les pensées, les attitudes, et même les actions des Canadiens. Il est impossible qu’on atteigne l’égalité des sexes dans la société canadienne sans premièrement l’avoir dans les médias canadiens. 

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