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Mémoire: Violence envers les jeunes femmes et les filles

Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) est un regroupement provincial ontarien féministe et francophone, regroupant des organismes oeuvrant pour l’élimination de la violence faite aux femmes. Nos membres sont des maisons d’hébergement, des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) et des programmes en violence faite aux femmes, qui offrent des services en français (SEF) aux femmes francophones touchées par la violence en Ontario.

Notre mandat est de :

  • Renforcer les capacités des SEF en violence faite aux femmes par la recherche, l’analyse et la compréhension des enjeux, la formation et le développement d’outils
  • Faciliter la concertation entre les groupes membres et les joueurs clés
  • Soutenir le développement et la consolidation des SEF en matière de violence faite aux femmes
  • Prévenir la violence faite aux femmes par la sensibilisation et l’action

Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) tient tout d’abord à remercier le Comité parlementaire de la Condition féminine pour ses efforts dans l’élimination de la violence faite aux femmes et pour la consultation qu’il mène sur la problématique de la violence envers les jeunes femmes et les filles.

Nous savons que dans notre société l’égalité entre les hommes et les femmes n’a toujours pas été atteinte et que le sexisme est encore présent. Les femmes, en particulier les jeunes femmes et les filles, sont particulièrement vulnérables à la violence sexiste. Cette violence peut prendre différentes formes : violence dans des relations amoureuses, agression sexuelle, harcèlement sexuel, harcèlement criminel, cyberharcèlement, exploitation sexuelle, etc. Les femmes et les filles sont également vulnérables aux messages sexistes envoyés par la société, en particulier par les médias, sur les « attentes » qu’on a d’elles. La tendance à sexualiser les femmes et les filles, et ce, de plus en plus tôt, est symbolique en la matière. Pour mettre fin à la violence et au sexisme, un changement de culture profond doit avoir lieu.

Il est nécessaire que le gouvernement fédéral travaille en partenariat avec les autres niveaux de gouvernement et la société civile pour permettre aux femmes et aux filles de vivre dans un environnement sécuritaire, que ce soit chez elles, au travail, sur les campus, dans la rue ou sur Internet. Il faut changer l’idée que si une femme ou une fille ne « veut » pas être agressée, elle doit changer son comportement ou ses habitudes. Il est par exemple anormal qu’une femme ou une fille se sente obligée de quitter les médias sociaux pour éviter d’être harcelée sur Internet. Une femme n’a pas à modifier son comportement pour « se mettre en sécurité ». Nous savons premièrement que quoiqu’une femme fasse, rien ne pourra garantir qu’elle ne sera pas agressée. Nous savons également que ce n’est pas à une femme d’être responsable de sa sécurité, c’est à la société d’assurer de créer un environnement et une culture égalitaires, respectueux et non violents.

Pour participer à un changement de culture et à la création d’un environnement sécuritaire pour les femmes, le gouvernement fédéral pourrait prendre plusieurs mesures. Nous en détaillerons ici deux principales.

Différents pays ont choisi d’adopter une loi-cadre pour lutter contre la violence faite aux femmes. La portée d’une telle loi est tout d’abord symbolique parce qu’elle montre l’importance accordée à cette problématique et établit clairement que tout comportement violent basé sur le sexisme est inacceptable. Une loi-cadre permet également de couvrir différents domaines de droit et donc d’avoir une législation cohérente et intégrée pour lutter contre ce type de violences. Le gouvernement canadien pourrait s’inspirer de telles initiatives et associer à ses efforts les autres niveaux de gouvernements pour assurer une vision commune et éviter des lois contradictoires entre le niveau fédéral et les provinces et territoires. Une des réformes juridiques importantes que le gouvernement fédéral pourrait mener et qui concerne directement les points d’intérêt du Comité consiste à pénaliser le harcèlement sexuel et le cyberhacrèlement.  Actuellement, les femmes et les filles sont peu protégées par le Code criminel quand elles sont harcelées, par exemple au travail, dans la rue ou sur Internet. La Loi devrait clairement établir que tout comportement harcelant, sexuel ou non, n’est pas acceptable et est sanctionné.

Une autre mesure que le gouvernement fédéral pourrait prendre et qui concerne également les travaux du Comité vise à soutenir les initiatives communautaires dont l’objectif est de créer des espaces sécuritaires pour permettre aux femmes et aux filles de se rencontrer pour parler de leurs expériences. AOcVF travaille de façon très proche avec des centres d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles en Ontario et tous nous confirment que les femmes et les filles ont besoin de partager et d’échanger sur leur vécu. Ces partages leur permettent de briser leur isolement, de comprendre qu’elles ne sont pas seules, de se soutenir mutuellement et trouver des solutions ensemble. Ces rencontres sont l’occasion d’aborder différents thèmes, comme l’estime de soi, l’hypersexualisation, les relations saines et le cyberharcèlement. Des espaces de dialogue similaires sont également nécessaires pour les hommes et les garçons pour aborder notamment les questions de masculinité, de respect et de violence. Enfin, des espaces mixtes sont une bonne occasion d’ouvrir le dialogue entre femmes et hommes et filles et garçons. Les initiatives communautaires qui viseraient à établir de tels espaces de dialogues doivent être menées selon une analyse féministe, qui lie la violence faite aux femmes et aux filles, l’hypersexualisation et le sexisme à l’inégalité de pouvoir entre les hommes et les femmes. Le gouvernement devrait également veiller à soutenir des initiatives qui permettent aux participantes et participants de s’exprimer dans leur langue. Ainsi en Ontario, des initiatives « par et pour » les francophones devraient être soutenues.

D’autres mesures pourraient être prises par le gouvernement fédéral pour participer à l’élimination de la violence faite aux femmes et aux filles. Si le Comité souhaite avoir plus de détails sur d’autres exemples de mesures que le gouvernement pourrait prendre, je vous invite à communiquer avec AOcVF.

Au nom d’AOcVF, je vous remercie encore une fois de nous avoir donné l’opportunité de présenter un mémoire sur un sujet si important.

Maïra Martin
Directrice générale d’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes

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