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1 juillet 2022

Le Canada n’est pas à fêter

Aujourd’hui, partout au pays, des gens célèbrent la fête du Canada. Ce soir, les masses se réuniront dans presque toutes les villes du pays pour regarder des feux d’artifice festifs. Que célèbrent-elles au juste? Notre passé? Notre présent? Notre futur?  

Notre histoire est colonialiste et basée sur le génocide des peuples autochtones, le vol de leurs terres, et une longue histoire de violence contre une longue liste de groupes marginalisés. Quel pourrait être un symbole plus apte de notre héritage colonialiste que le fait que nous avons construit notre capitale, le siège de notre gouvernement, sur un territoire non cédé qui n’appartient même pas au Canada, mais au peuple Aanishnaabe? Ce n’est pas un passé qu’on devrait célébrer. 

Nous entendons déjà les justifications : c’est l’histoire, c’est dans le passé, on devrait plutôt miser sur le présent et passer à autre chose. Le colonialisme et le génocide sont notre présent. L’Enquête nationale sur les femmes et filles assassinées et disparues a présenté au gouvernement fédéral son rapport final en 2020, qui détaillait et déclarait la découverte d’un génocide en cours dans notre pays. On compte au moins 1 300 femmes, filles et personnes bispirituelles disparues ou assassinées, chiffre énorme compte tenu leur sous-représentation dans la société canadienne. Au lieu d’en faire une priorité, de mettre en œuvre les appels à la justice, et d’arrêter le génocide, on l’a depuis ignoré. Nous vivons dans un pays où un génocide est en cours et nos médias ne le mentionnent pas, nos responsables politiques l’ignorent, et la plupart de notre population n’en parle pas. Ce n’est pas un présent qu’on devrait célébrer. 

Mais peut-être que vous célébrez le futur? La possibilité d’avancer et de s’améliorer de façon constante? Sur quoi basez-vous votre optimisme? Nous vivons dans un pays où une communauté autochtone, Neskantaga, n’a pas d’eau potable depuis plus de 26 ans. Nous vivons dans un pays qui a promis en 1976, en signant le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, de rendre l’éducation de tous les niveaux gratuite et accessible. Pourtant, beaucoup de jeunes qui vivent dans des communautés autochtones doivent quitter leurs communautés pour pouvoir aller à l’école secondaire et n’ont pas accès à l’éducation dans leurs propres langues. Pour les communautés lointaines et du nord, même l’accès à la nourriture est précaire en raison de coûts qui peuvent se trouver entre trois et dix fois plus chers qu’ailleurs au pays. C’est un problème dont on a conscience depuis des décennies, mais qui existe encore. Le Canada change à une vitesse glaciale, s’il change du tout. Sans refonte majeure, notre futur risque de ne pas être si différent que notre présent.  

Les valeurs canadiennes nommées les plus souvent sont la démocratie, la diversité, la justice, le multiculturalisme. Mais, dans le moment où nous publions ce texte, la ville d’Ottawa se prépare pour une deuxième arrivée du convoi qui a provoqué une crise pendant trois semaines cet hiver. Le convoi a amené la violence, le harcèlement, le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, et la terreur pour la population d’Ottawa. Mais il existe un large groupe de Canadiens et de Canadiennes qui veut participer à un tel évènement. Un large groupe qui n’a pas de problème avec une manifestation où il existe un océan de pancartes demandant un coup d’État violent contre un premier ministre élu démocratiquement il y a seulement neuf mois. Pendant trois semaines, les corps policiers n’ont rien fait pour contrer le convoi. Faisons la comparaison avec les manifestations au territoire Wet’suwet’en pour arrêter la construction d’un pipeline fédérale sur des territoires non cédés, où la réponse des policiers était de viser des personnes autochtones, y compris des enfants, avec des tireurs embusqués (snipers). Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres; la violence étatique envers les personnes autochtones est bien documentée. Comment pouvons-nous célébrer un pays où ni les citoyens et citoyennes ni le gouvernement ne respectent leurs propres valeurs? 

Aujourd’hui ne devrait pas être une journée de célébration parce que nous n’avons rien à célébrer. Nous vivons dans un pays avec un gouvernement qui perpétue des violences atroces. Au lieu de célébration, aujourd’hui devrait être une journée où on prend le temps d’apprendre la vérité de ce qui se passe dans ce pays depuis des années et de revendiquer d’énormes transformations pour que peut-être un jour on puisse véritablement célébrer le Canada. 

Voici quelques ressources pour poursuivre votre apprentissage. 

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