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AOcVF dénonce l’occupation violente du centre-ville d’Ottawa

Inutile de relater les faits qui font les manchettes et préoccupent la conscience collective canadienne depuis la fin janvier. Le Canada et le monde savent qu’un convoi de camions s’est dirigé vers le centre-ville de la capitale nationale, et s’y est installé, pour « dénoncer les mesures sanitaires ». Détrompons-nous : ce n’est pas un épuisement des mesures sanitaires qui alimente cette invasion — c’est l’idéologie d’extrême droite, nourrie par les multiples systèmes d’oppressions, et elle est dangereuse pour l’ensemble de la société.

Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) dénonce ce mouvement. Nous tenons à souligner qu’il est faux et inapproprié de dire que ce mouvement œuvre vers la « liberté » ou la « paix ». (« Liberté » pour qui?) Les résidents et résidentes de la ville, en particulier celles racialisées, les personnes avec limitation, les minorités religieuses et les personnes 2SLGBTQIA+, ne peuvent pas se promener librement et en sécurité. Depuis le début, l’objectif de ce groupe a été de démanteler le gouvernement élu par le peuple, notre institution de la démocratie. De plus, il ne faut pas chercher loin dans les reportages et les visuels de l’occupation pour apercevoir des symboles nazis, des drapeaux du 45e président des États-Unis et des drapeaux confédérés. Ce sont des symboles violents et de haine, ni plus ni moins.

Comme tant d’autres commerces et organismes situés au cœur de la ville, AOcVF a dû fermer ses bureaux en raison de l’occupation, mais il s’agit là de la moindre de nos préoccupations. La situation est extrêmement difficile pour la population d’Ottawa. Comme organisme défendant la cause des femmes, nous sommes inquiètes pour les femmes à Ottawa aux prises avec la violence. Tantôt confinées pour freiner la propagation du virus, certaines se retrouvent soudainement enfermées pour une raison tout autre. Si c’est votre cas, sachez que vous n’êtes pas seule. La ligne d’écoute francophone Fem’aide (1-877-336-2433, en Ontario seulement) demeure là pour vous. Des organismes desservent également les régions d’Ottawa et de Windsor et d’autres régions de la province.

La présence probable d’armes et la possibilité d’une escalade de violence sont également très troublantes. (Notons qu’il y a moins de quatre ans, en avril 2018, un « incel » s’est servi d’un camion pour tuer 10 personnes à Toronto. L’attaque ciblait des femmes, et nous savons que des hommes misogynes ont fait l’éloge de cette attaque. La présence continue de camions est loin d’être rassurante.)

AOcVF porte aussi l’attention sur une grande hésitation à reconnaître la réalité, voire une détermination à parler autour de la question. Nous n’allons pas minimiser le problème : un groupe de personnes ayant comme objectif de renverser notre gouvernement par un coup d’État est un acte de terrorisme. Nous sommes déçues que nos leaders politiques et la couverture médiatique se cachent derrière des euphémismes.

Plus tard, AOcVF analysera en détail cette suite d’évènements d’un œil féministe. Nous tenons à établir les liens entre la montée de l’extrême droite et du sentiment anti-gouvernement, la suprématie blanche, le terrorisme blanc, le racisme, la masculinité toxique et la misogynie afin de mieux pouvoir les combattre. Pour l’instant, nous concluons ainsi : que serait-il arrivé si les envahisseurs n’étaient pas majoritairement blancs? Nous connaissons la réponse; l’histoire nous l’a déjà donnée à maintes reprises.

Nous espérons une fin imminente, et non violente, à cette crise. Entretemps, nous vous invitons à lire cette analyse de l’Institut canadien de recherches sur les femmes, particulièrement pertinente ces temps-ci : https://www.criaw-icref.ca/fr/publications/la-montee-de-lextreme-droite-au-canada-une-analyse-feministe/

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