Lettre ouverte: Nous sommes contre la minimisation de la violence faite aux femmes

 

Le 19 septembre 2017, à Ottawa

Lettre ouverte à la Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa (FÉUO)

Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) a été déçue de constater que la Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa a renommé la marche « La rue, la nuit, les femmes sans peur », connue en anglais sous le nom Take Back the Night, par « La rue, la nuit, sans peur pour tous ».

En tant que regroupement d’organismes ontariens féministes et francophones qui travaillent à défaire l’oppression vécue par les femmes, nous nous inquiétons du manque de compréhension quant à la signification de cet événement qui existe depuis 39 ans.

En effet, la marche « La rue, la nuit, les femmes sans peur » a été mise sur pied par des militantes dans le but de dénoncer la violence faite spécifiquement aux femmes (que ce soient des femmes hétérosexuelles, lesbiennes, cisgenres, transgenres, transsexuelles, intersexuées ou queer). Nous ne nions pas l’existence de la violence envers les hommes, mais la réalité que vivent les femmes est différente.

Dans la société patriarcale dans laquelle nous vivons, la culture du viol est omniprésente. Les femmes sont onze fois plus nombreuses que les hommes à être victimes d’une agression sexuelle.[i] On estime qu’environ une Canadienne sur trois subira une agression sexuelle à l’âge adulte.[ii] De plus, toujours au Canada, tous les six jours, une femme est tuée par son partenaire ou ex-partenaire.[iii]

La marche « La rue, la nuit, les femmes sans peur » vise à dénoncer toutes ces formes de violence faite aux femmes et revendiquer leur droit d’être en sécurité et de se sentir libre dans les espaces publics qui sont souvent synonymes de peur. Depuis notre enfance, on nous apprend qu’il faut craindre la rue et que si quelque chose nous arrive, c’est de notre faute. Au lieu de responsabiliser l’agresseur, on culpabilise la victime.

Votre choix de masculiniser le titre de la marche minimise la violence faite aux femmes. En voulant faire une marche plus « inclusive », vous excluez les femmes. En indiquant tout le monde, vous passez le message que les enjeux de l’agression sexuelle faite aux femmes sont les mêmes que ceux de l’agression sexuelle faite aux hommes.

Nous espérons que la FÉUO renommera la marche à sa juste valeur « La rue, la nuit, les femmes sans peur».

Sonia Pouliot, directrice générale par intérim d’action ontarienne contre la violence faite aux femmes

 

[i] Statistique Canada. Mesure de la violence faite aux femmes : Tendances statistiques 2006, Ottawa, Ontario, ministre de l’Industrie, 2006, p. 30.

[ii] Statistique Canada Mesure de la violence faite aux femmes : Tendances statistiques, Ottawa, Ontario, ministre de l’Industrie, 2013, p. 8.

[iii] Sara Beattie et Adam Cotter, « L’homicide au Canada, 2009 », Juristat, Volume 30, no 3, Statistique Canada, pages 15-16.