Pas de deuxième procès pour Ghomeshi : remise en perspective

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Le 11 mai 216

Pas de deuxième procès pour Ghomeshi : remise en perspective

OTTAWA, le 11 mai 2016 – L’affaire Ghomeshi a subi un rebondissement de plus aujourd’hui, avec l’abandon des charges du second procès contre des excuses publiques et une obligation de ne pas troubler l’ordre public. Un bouleversement qui demande une remise en perspective. L’affaire Ghomeshi a ouvert un débat dans la société canadienne : le système judiciaire est-il adapté pour traiter des cas d’agressions sexuelles ?

Les avis divergent. Néanmoins, rappelons qu’environ 3% des agressions sexuelles sont reportées à la police, et moins de 1% aboutissent devant les tribunaux. Des chiffres qui ne peuvent être ignorés : entre la honte, la peur de l’humiliation en cour, la peur de se faire dire que l’agression « n’est pas assez grave » ou de se faire juger selon son comportement de « victime non parfaite », l’immense majorité des femmes choisissent de se taire.

Dans les cas d’agressions sexuelles, la victime se retrouve elle-même sur le banc des accusés. Ses motifs, sa personnalité et sa vie intime sont décortiqués. Prouver le caractère non consensuel d’une relation intime hors de tout doute raisonnable est souvent difficile. Beaucoup de mythes sur les agressions sexuelles sont véhiculés et considérés comme des preuves que la victime n’est pas une «vraie victime», car n’a pas agi en suivant un modèle préconçu et attendu.

Il n’est pas rare qu’une survivante ne se souvienne pas de tous les détails d’une agression. Il n’est pas rare qu’une survivante reprenne contact avec l’agresseur après une agression. Enfin, il n’est pas rare que certaines survivantes ne déclarent pas tous les faits à la police, par oubli, honte ou sentiment de culpabilité.

Ces comportements sont connus des professionnelles travaillant avec des survivantes d’agressions sexuelles. Ce procès d’envergure a manqué une occasion en or de remettre ces mythes en perspective, en n’invitant pas à la cour une spécialiste des traumatismes de victime d’agressions sexuelles.

Il est temps d’apporter des propositions claires sur la table.

L’AOcVF soutient notamment :

  • Une meilleure sensibilisation du public pour briser les mythes récurrents et néfastes;
  • Une meilleure information disponible pour les femmes sur le processus judiciaire et un meilleur accompagnement des plaignantes lors du processus – notamment l’accompagnement par des intervenantes et des services d’informations juridiques anonymes et gratuits;
  • Des juridictions spécialisées pour traiter des agressions à caractère sexuel;
  • Une meilleure formation et sensibilisation des professionnels, tels que des policiers, procureurs et intervenantes, spécifiquement formés à intervenir dans des cas d’agressions à caractère sexuel;
  • Une plus grande flexibilité des procédures, notamment permettre plus souvent aux femmes de témoigner dans une autre salle par vidéo ou derrière un paravent pour éviter le contact visuel avec l’agresseur.

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Ghomeshi_11mai2016_Communiqué