9. Demander que le financement des groupes de femmes soit garanti

Retracer l’évolution de tout le travail accompli pour réagir à la violence faite aux femmes ou pour y mettre un terme, c’est parler des femmes qui ont mis sur pied les maisons d’hébergement, les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, les programmes d’hébergement de seconde étape, les lignes de soutien, les centres de femmes et les groupes de défense de l’égalité des femmes. Ces espaces physiques et politiques réservés aux femmes ne sont pas nés de la vision de politiciens, des « faiseurs » de politiques, des universitaires ou des spécialistes. Ils sont nés de NOTRE vision – celle de femmes qui travaillent avec et pour les femmes. Les maisons d’hébergement, les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, les programmes d’hébergement de seconde étape, les centres de femmes et les groupes de femmes font peut-être partie du réseau de programmes sociaux, mais ils font aussi partie d’un mouvement de femmes plus vaste qui travaille à atteindre l’égalité. Leur rôle et leur responsabilité est de dénoncer les problèmes systémiques et d’établir des liens entre les expériences individuelles des femmes et les conditions de vies qui suscitent toutes les formes de violence envers elles. À l’heure actuelle, le travail innovateur et remarquable qui a permis à tant de femmes de se sortir de la violence et de vivre en sécurité est menacé de plusieurs façons :

  • Les groupes et les services de première ligne pour les femmes sont mal financés partout en Ontario et une grande partie du travail que les femmes considèrent essentiel dépend du financement que les groupes et les services peuvent trouver.
  • La structure de financement des services destinés aux femmes n’est pas équitable : sur les réserves, les maisons d’hébergement ne reçoivent pas le même financement que les autres maisons d’hébergement; il y a des disparités de financement entre le Nord et le Sud de l’Ontario, entre les services en milieu rural et en milieu urbain, entre les services en français et les autres services, etc.
  • Les réseaux provinciaux qui luttent pour des politiques et des programmes anti-violence créés par les maisons d’hébergement, les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, les programmes d’hébergement de seconde étape, les agences de femmes francophones, les femmes vivant avec un handicap, les centres de femmes et les groupes qui défendent l’égalité des femmes profitent de subventions occasionnelles, par projet, ou ne reçoivent rien du tout. Le Réseau d’action des femmes handicapées – Ontario (DAWN), par exemple, ne reçoit pas de financement et n’a pas de personnel.
  • Les gouvernements ont accordé du financement – bien qu’insuffisant – pour les services d’urgence, mais refusent de financer le travail de sensibilisation et de justice sociale nécessaire pour mettre fin à la violence faite aux femmes.
  • Il n’est pas facile d’obtenir du financement pour que les femmes sourdes, les femmes qui vivent avec un handicap ou qui ont des enfants handicapés puissent avoir accès aux services. Quand il y a du financement, dès le départ, il est souvent perçu comme un supplément plutôt qu’une partie intégrante du projet. On s’attend souvent à ce que les agences fournissent l’hébergement à même les subventions existantes. Il reste donc moins de ressources pour faire le travail.
  • Malgré le manque de soutien financier pour faire le travail, tant au niveau provincial, régional que local, les femmes doivent investir énormément de temps et d’énergie pour sensibiliser le gouvernement et concevoir des projets.
  • Les gouvernements successifs n’ont pas fait grand cas du rôle unique que jouent les groupes communautaires pour mettre un terme à la violence faite aux femmes. Il en est résulté une politique mal adaptée et beaucoup d’occasions ratées de travailler efficacement avec les femmes et leurs enfants.
  • La politique actuelle mise sur un saupoudrage des ressources dans le système plutôt que sur le principe de la « responsabilité partagée » qui permettrait aux femmes de mieux gérer les programmes. Les militantes pour les droits des femmes constatent cependant que plusieurs de ces « fournisseurs de services » comprennent mal les problèmes de la violence faite aux femmes ou n’ont pas l’expertise voulue pour s’en occuper et encore moins la compétence pour fournir un service inclusif, sans racisme ni oppression.
  • L’utilisation grandissante de termes et de politiques neutres applicables autant aux hommes qu’aux femmes – bien qu’on parle « d’égalité des femmes » – mine le travail des groupes de femmes.
  • Alors que le système de coordination et les mécanismes de gestion des services locaux reçoivent du financement, quand elles veulent travailler en réseau, les femmes n’obtiennent aucune ressource pour leurs « efforts collectifs ».
  • Le gouvernement refuse de reconnaître sa responsabilité envers les agences de femmes dans le paiement des augmentations résultant de l’équité salariale. Par conséquent, les salaires dans le domaine des services aux femmes restent bas ou sont gelés à des niveaux insuffisants. Traditionnellement, dans le milieu, les salaires ont toujours été plus bas – souvent beaucoup plus bas – que les salaires des travailleuses et des travailleurs faisant un travail équivalent dans les services gouvernementaux.

Il est temps que la province cesse de minimiser l’importance des maisons d’hébergement, des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, des programmes de seconde étape, des groupes de femmes, des programmes d’hébergement de seconde étape, des centres de femmes et des organismes provinciaux qui travaillent à obtenir des politiques pour mettre fin à la violence faite aux femmes. Oui, toute la collectivité est responsable d’agir contre la violence faite aux femmes, mais c’est grâce à l’expertise et au leadership du mouvement des femmes qui travaille avec les survivantes que la collectivité agira efficacement. Au nom de toutes les Ontariennes et de tous les Ontariens, les gouvernements ont la responsabilité sociale de fournir aux groupes de femmes et aux services pour les femmes, des ressources financières régulières, stables et adéquates, pour leur permettre de jouer leur rôle. Les gouvernements ont la responsabilité sociale d’inclure les militantes pour les droits des femmes ainsi que les survivantes dans la planification et l’élaboration de toutes leurs politiques et de tous leurs programmes.

Quelques faits :

  • En Ontario, depuis 1995, les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel n’ont obtenu qu’une augmentation de 3 p. 100 du financement de leurs activités de base. Comme le coût de la vie a augmenté d’environ 25 p. 100 pendant ce temps, cela représente en fait une coupure d’à peu près 22 p. 100 du budget réel.
  • Bien qu’on estime que plus de la moitié des femmes ont subi une agression sexuelle et que moins de 10 p. 100 d’entre elles le signalent à la police, il n’y a que 34 centres communautaires d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel dans tout l’Ontario.
  • Après avoir été réduit de 5 p. 100 en 1995, le budget de base des maisons d’hébergement d’urgence pour femmes – toujours insuffisant – a été gelé. Les quelques augmentations attribuées depuis 2004 sont loin de suffire pour suivre l’augmentation du coût de la vie depuis 1995. Dans certains domaines – électricité, téléphone, par exemple – les coûts ont augmenté encore davantage. Deux enquêtes ont recommandé une révision et une augmentation du financement de base des maisons d’hébergement, mais, jusqu’à maintenant, le gouvernement a ignoré ces recommandations.
  • Le financement des programmes anti-violence de seconde étape a été coupé de 100 p. 100 en 1995. Depuis dix ans, les programmes de seconde étape qui ont survécu l’ont fait en coupant dans les services, en mettant à pied la majorité de leur personnel et en « grattant les fonds de tiroir » du financement. Malgré des promesses de restituer le financement des programmes de seconde étape avant les élections, le présent gouvernement a plutôt choisi de leur offrir un financement sporadique et partiel.
  • En 2004, sur les 96 maisons d’hébergement en Ontario, seulement quatre offraient des services en français; sur les 34 centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, seulement trois offraient des services en français pour et par les femmes francophones.
  • Certains centres et groupes de femmes (surtout ceux qui travaillent avec les femmes marginalisées) ne reçoivent pas de financement stable du tout.
  • La plupart des services de première ligne ne sont pas encore entièrement adaptés aux besoins des femmes sourdes et des femmes vivant avec divers handicaps. Plusieurs de ces services sont encore incapables de répondre adéquatement aux besoins des femmes marginalisées.

D’autres ressources :Faire autant avec si peu… Bilan et profil des services en français en matière de violence contre les femmes (1994-2004). Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, 2004. Locked In, Left Out: Impacts of the Progressive conservative budget cuts and policy initiatives on abused women and their children in Ontario, Ontario Association of Interval and Transition Houses (OAITH). 1996. Falling Through the Gender Gap: How Ontario government policy continues to fail abused women and their children. Ontario Association of Interval and Transition Houses (OAITH). 1998. Experiences of Frontline Shelter Workers in Providing Services to Immigrant Women Impacted by Family Violence, Angie Arora, 2003-2004. Implications of the Shrinking Space for Feminist Anti-Violence Advocacy. Mandy Bonisteel et Linda Green, 2005.