6. Créer ─ DÈS MAINTENANT ─ des logements abordables sans but lucratif et les entretenir, créer des garderies sans but lucratif et offrir de la formation et de l’éducation

Le logement

Le logement, les services de garde, l’éducation et la formation sont tous très importants pour que les femmes accèdent à l’égalité. Ce sont des clés essentielles pour ouvrir les portes qui emprisonnent les femmes dans des situations de violence, que ce soit dans leurs relations personnelles, l’exploitation sexuelle forcée ou le trafic des femmes, le harcèlement sexuel ou tout autre forme d’oppression. Pourquoi ? Le logement À cause de la pauvreté et du faible revenu des femmes, beaucoup d’entre elles n’ont pas les moyens de se payer un logement au prix du marché. La situation est pire pour les femmes qui vivent de l’aide sociale. Quand les Conservateurs de l’Ontario ont été élus en 1995, ils ont stoppé la construction de logements sociaux. Depuis, peu de choses ont été faites pour régler la crise du logement. Les Libéraux ont promis de construire 20 000 unités de logement pour les « familles dans le besoin » mais ils sont bien loin d’avoir tenu leur promesse. Plusieurs femmes restent avec un conjoint violent ou reviennent vivre avec lui parce qu’elles ne peuvent pas trouver de logement sécuritaire à prix abordable. Selon les maisons d’hébergement pour femmes en Ontario, les taux d’aide sociale et le manque de logement sont les deux principaux obstacles systémiques qui empêchent les femmes de mettre fin à une relation de violence. Les femmes pauvres sont contraintes de vivre dans des conditions dangereuses, parfois avec des personnes ou des amis qui les agressent et les harcèlent sexuellement. Elles deviennent souvent la cible de propriétaires qui abusent d’elles sexuellement. Elles n’ont pas les moyens d’acheter les systèmes ou autres dispositifs de sécurité que la plupart des gens tiennent pour acquis. En devenant des sans-abri, les femmes courent de très grands risques de subir la violence des hommes.

Quelques faits :

  • Dans l’ensemble des locataires au Canada, 72 p. 100 des femmes célibataires de plus de 65 ans, 42 p. 100 des femmes chef de famille monoparentale et 38 p. 100 des femmes célibataires de moins de 65 ans ont de la difficulté à payer leur loyer.
  • En Ontario, au début de 2006, 122 426 ménages à faible revenu étaient inscrits sur des listes d’attente pour obtenir un logement social.
  • Quatre-vingt-seize pour cent des prestataires d’Ontario au travail sont locataires mais seulement 17 p. 100 d’entre eux vivent dans des logements subventionnés; 76 p. 100 des prestataires du Programme ontarien de soutien aux handicapés sont locataires mais seulement 22 p. 100 d’entre eux vivent dans des logements subventionnés.
  • Selon les maisons d’hébergement pour femmes à travers le Canada, le manque de logements abordables s’avère une des trois plus grandes difficultés que les femmes doivent affronter quand elles quittent les maisons d’hébergement.
  • Selon une étude menée à Toronto, une femme locataire sur 4 était harcelée sexuellement par les locateurs, leurs agents ou d’autres locataires masculins.
  • Selon une autre étude d’une agence de Toronto, la moitié des femmes sans-abri avaient été agressées sexuellement dans l’année précédente; une sur cinq avait été violée et le harcèlement sexuel était chose courante

D’autre ressources : No Room of Her Own : Une analyse bibliographique sur les femmes et l’itinérance, Sylvia Novac, 1996. En anglais. Le logement locatif en Ontario : Statistiques compilées par le Centre ontarien de défense des droits des locataires (ACTO/TDCP). Et Taux d’inoccupation et loyers en Ontario Tableaux compilés par le Centre ontarien de défense des droits des locataires (ACTO/TDCP).

Les services de garde Ce sont principalement les femmes qui s’occupent des enfants. À cause de cette responsabilité, elles ont moins de flexibilité dans leur horaire de travail que bien des hommes et ne peuvent investir le temps nécessaire à leur avancement. Elle vivent aussi plus de stress à essayer de concilier le travail et la famille parce que le partage du soin des enfants et des tâches domestiques avec leurs partenaires masculins n’est pas équitable. Quand les mères mettent fin à une relation de violence, elles s’appauvrissent mais elles ont encore la pleine responsabilité des enfants dans la plupart des cas. Et c’est vrai, qu’il y ait ou non ordonnance de pension alimentaire pour enfants ou ordonnance de garde conjointe de la part d’un tribunal de la famille. Le soin des enfants est une des principales raisons pour lesquelles les femmes sont plus pauvres que les hommes. Les mères ont besoin de services de garde de qualité réglementés et abordables afin de pouvoir travailler, étudier ou se former pour assurer leur avenir. Cependant, la plupart des femmes n’ont pas les moyens de payer les services de garde, les subventions pour ces services sont limitées et, pour la plupart des travailleuses à faible revenu, les places de qualité qui soient abordables sont rares dans leurs collectivités.

Quelques faits :

  • En Ontario, seulement 9 p. 100 des enfants de moins de 12 ans qui ont besoin d’une forme quelconque de service de garde ont accès à des places en garderie réglementée.
  • Moins de la moitié des mères de ces enfants reçoivent une subvention gouvernementale pour payer les frais de garde de leur enfant.
  • En Ontario, le coût annuel médian d’une place dans une garderie réglementée varie de 6 500 $ à 9 500 $ par enfant, dépendant de l’endroit où vous vivez et de l’âge de l’enfant.
  • En Ontario, entre 66 et 75 p. 100 des femmes dont le plus jeune enfant a cinq ans ou moins travaillent.

Éducation et formation Pourquoi l’éducation et la formation des femmes sont-elles des ingrédients essentiels à l’élimination de la violence faite aux femmes ? L’éducation et la formation des femmes et des filles sont liées à leur capacité d’affronter et de surmonter l’inégalité en prenant leur destin en main ou en se refaisant une vie autonome après une expérience de violence. La violence peut avoir une incidence grave sur la capacité des femmes à accéder à l’éducation et à la formation. La violence et le harcèlement sexuels ont forcé beaucoup de filles et de jeunes femmes à interrompre leurs études secondaires et post-secondaires. Des partenaires violents bouleversent souvent les plans des femmes ou les privent des possibilités d’apprendre une langue, de se recycler, d’accéder à la formation continue et même à la formation au travail obligatoire. Le manque de possibilités d’éducation et de formation confine les femmes dans des emplois mal payés ou fondés sur l’exploitation, les rend plus dépendantes des hommes et diminue leur estime de soi. Si elles n’ont pas la chance d’acquérir des connaissances et des compétences, les filles et les jeunes femmes courent davantage le risque d’être exploitées sexuellement et de se retrouver sans abri. Bien qu’au cours des dernières décennies il y ait eu un progrès remarquable dans l’éducation des femmes, plusieurs d’entre elles – particulièrement les femmes à faible revenu dans tous les domaines – n’en ont pas profité. Les attitudes sexistes empêchent encore plusieurs femmes d’entrer dans des domaines bien rémunérés à prédominance masculine comme les métiers et la technologie. Les frais de scolarité empêchent toujours les étudiants à faible revenu d’accéder aux études post-secondaires. Le manque de programmes de langue, d’alphabétisation, de perfectionnement et de formation à l’emploi prive un grand nombre de femmes de toute possibilité d’avancement. Le manque d’accès aux programmes dans les régions rurales ou éloignées, la pénurie de services de garde pendant la formation et l’aide financière limitée pour accéder à ces programmes complètent le portrait. Une meilleure éducation et de plus grandes compétences ne protègent pas nécessairement les femmes contre la violence, mais ce sont des clés pour déverrouiller les pièges qui les retiennent dans des situations dangereuses.

Quelques faits :

  • Les femmes qui participent à Ontario au travail soulignent qu’elles ne peuvent pas obtenir le soutien dont elles ont besoin – services de garde d’enfants, transport, cours d’anglais ou de français langue seconde, etc. – pour accéder aux programmes qui leur permettraient d’échapper à l’aide sociale et que le programme de travail obligatoire en Ontario est plus un obstacle qu’un appui.
  • Bien qu’en 2004 le gouvernement libéral de l’Ontario ait gelé les frais de scolarité des collèges et des universités pour deux ans, il n’a pas renouvelé sa politique. Les frais de scolarités en Ontario sont au deuxième rang des frais les plus élevés au Canada.
  • Seize pour cent de la population de l’Ontario n’a pas le français ni l’anglais comme langue maternelle. À Toronto, ce pourcentage s’élève à 41 p. 100. Récemment, le gouvernement de l’Ontario a annoncé que les fonds de l’Accord Canada-Ontario sur l’immigration – prévoyant transférer à l’Ontario 920 $ millions sur cinq ans pour les services d’établissement – seraient également consacrés, en partie, à l’expansion de la formation linguistique « axée sur les professions ».

D’autres ressources : Une marche en terrain glissant : Les femmes maltraitées et leurs expériences avec le système du bien-être social de l’Ontario, 2004.