3. Mettre fin au racisme et à l’oppression; rendre l’Ontario accessible

Si vous définissez l’oppression comme étant « le mauvais traitement systémique d’un peuple ou d’un groupe de personnes fondé sur la croyance dans la supériorité innée d’un groupe sur un autre ou d’une idée sur une autre » et le racisme comme « un système de croyances et de pratiques discriminatoires fondées sur la race ou l’origine ethnique pour démontrer son infériorité intrinsèque et lui infliger un mauvais traitement physique ou verbal » alors il est facile d’imaginer que le racisme et l’oppression sont le lot quotidien des femmes de couleur et des femmes des groupes minoritaires en Ontario. Les expériences d’oppression que les femmes ont vécues et qui sont fondées sur le sexe, l’âge, la capacité, l’identité sexuelle, le statut socio-économique, la nationalité et le niveau de scolarité perpétuent l’inégalité des femmes et la violence sexuelle qui leur est faite. Le racisme et l’oppression sous toutes ses formes maintiennent les barrières qui bloquent l’accès des femmes à l’égalité et engendrent des conditions qui les rendent plus vulnérables à toutes les formes de violence faite aux femmes. L’histoire, analysée dans une perspective féministe, illustre bien les inégalités des femmes et l’inégalité entre les femmes. Si, au Canada, les femmes ont obtenu le droit de vote en 1918, elles n’ont pas été reconnues en tant que « personnes » avant 1929. Les femmes d’origine asiatique et les indo-canadiennes, quant à elles, n’ont pas eu le droit de vote avant 1947 et les femmes autochtones, pas avant 1960.

Actuellement, les femmes autochtones sont les seules femmes du Canada auxquelles on impose un ensemble de lois spécifiques (La Loi sur les Indiens) qui leur dicte comment vivre et qui les prive des droits que les autres femmes canadiennes ont acquis. Selon les lois de l’immigration exigeant le parrainage pour une période déterminée, les femmes immigrantes sont mises en position d’asservissement par rapport à la personne qui les parraine – habituellement, leur conjoint ou un autre homme de la famille – et cela en toute légalité. L’objectif du « Troisième pas » n’est pas seulement d’associer le racisme et l’oppression à des femmes ou à des groupes de femmes en particulier. Il s’agit aussi de révéler le vécu des femmes marginalisées et de dénoncer la prévalence et le maintien du racisme et de l’oppression des femmes par nos systèmes et nos gouvernements qui limitent l’accès des femmes à l’égalité et augmentent l’incidence de la violence sur celles qui vivent dans des collectivités marginalisées en raison du racisme et de l’oppression. Dans le moment, le Canada ne respecte aucune des ententes internationales qu’il a signées sur l’égalité des sexes. Les Conventions des Nations Unies sur les femmes, que ce soit la Déclaration sur l’élimination de la violence contre les femmes, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) ou la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, ne constituent pas une priorité pour le Canada. Les femmes représentent plus de 50 p. 100 de la population canadienne mais elles n’occupent que 20 p. 100 des sièges à la Chambre des communes. Selon l’ONU, le Canada vient au 30e rang dans le monde en ce qui concerne la représentation des femmes au Parlement.

Le racisme et l’oppression sont très difficiles à cerner tellement ils sont ancrés dans nos systèmes et tellement les femmes ont appris à « manœuvrer » dans leurs efforts pour mener une existence égalitaire et non violente. Voici quelques exemples où le racisme et l’oppression limitent l’égalité des femmes en Ontario :

  • Les femmes sont toujours sous-représentées dans la population active; on leur offre des emplois non spécialisés, mal payés, qui ne font pas valoir leurs connaissances réelles, leur formation et leur expérience.
  • Bien que, récemment, les médias aient rapporté que 50 p. 100 des étudiants qui poursuivent des études post-secondaires sont des femmes, on considère encore qu’elles ont moins de valeur que les hommes occupant la même position et qu’elles ne sont pas égales puisqu’elles n’ont pas la même importance économique.
  • Les femmes continuent d’être mal logées; on conteste rarement la discrimination dont font preuve les propriétaires ni le traitement raciste et arbitraire qu’imposent les développeurs et les gouvernements. Les constructeurs de logements ne tiennent pas compte des besoins des personnes vivant avec un handicap. Les logements pour les personnes à faible revenu se font tellement rares que les femmes des milieux marginalisés les plus touchés par la pauvreté et le manque d’accès à l’emploi sont forcées de vivre dans des conditions de logement inférieures à la norme.
  • Les femmes de couleur et les femmes immigrantes sont les plus susceptibles de voir leurs enfants ciblés par les services sociaux et le système d’éducation et d’être perçues comme des parents incompétents.
  • « Dans le logement, la ségrégation à l’endroit de certains groupes de personnes est souvent fondée sur le « pouvoir » des décideurs qui encouragent la « ghettoïsation ». (Ghettoïsation : décision consciente de séparer les membres d’un groupe ethnique ou racial minoritaire de l’ensemble de la collectivité).
  • L’image des femmes véhiculée par les médias continue à suggérer et à entretenir les stéréotypes de collectivités pauvres et marginalisées.
  • Les femmes de couleur et les femmes immigrantes sont confinées au secteur des services et au secteur manufacturier. Plusieurs sont très scolarisées mais leurs diplômes ne sont pas reconnus au Canada ou ne servent à rien parce qu’elles ne sont pas embauchées dans leur champ de compétence.
  • Les femmes immigrantes et les réfugiées parrainées, les femmes mariées par correspondance et les aides familiales résidantes sont particulièrement vulnérables aux relations de violence, selon l’Institut canadien de recherche sur les femmes (ICREF).
  • En raison de leur histoire d’oppression et de pauvreté, les travailleuses du sexe, qui sont souvent des femmes immigrantes ou des femmes autochtones, sont plus à risque de vivre de la violence.
  • Les lesbiennes sont sujettes à la discrimination et, souvent, à la haine de la collectivité. Certaines lesbiennes de couleur qui doivent livrer une lutte perpétuelle contre le racisme ont dû reléguer leur préférence sexuelle au second plan.
  • Les jeunes femmes de tous les milieux sont plus à risque de subir la violence des hommes.
  • En raison des disparités géographiques, les femmes des collectivités rurales et des collectivités du Nord ont moins accès à tous les services, y compris à la police et à la justice, au logement et à l’aide sociale, aux garderies, à l’éducation et aux services de santé ainsi qu’aux services de soutien pour femmes.
  • Les femmes francophones ont un accès limité aux services en français en Ontario, même dans les régions désignées qui devraient leur fournir des services dans leur langue en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario.
  • Les femmes qui vivent avec un handicap ont un taux de chômage de 74 p. 100.

Que pouvons-nous faire ?

  • Combattre le racisme systémique en contestant le profilage et les stéréotypes raciaux.
  • Contester l’oppression qui empêche les femmes de participer également et pleinement à toutes les facettes de la société.
  • Démontrer publiquement notre appui aux groupes communautaires qui réclament des changements aux politiques d’accès au logement, aux services sociaux, aux soins de santé et à l’éducation.
  • Exiger que la participation au processus politique devienne financièrement abordable et plus facilement accessible.
  • Militer en faveur d’une représentation accrue des femmes dans tous les systèmes.
  • Remettre en question la façon dont les médias représentent les groupes marginalisés et faire des pressions pour que les médias représentent mieux les collectivités.
  • Donner des renseignements aux personnes de notre entourage. Faire connaître la richesse de l’histoire au féminin.
  • Contester les structures économiques et politiques internationales qui favorisent l’oppression systémique des femmes, autant à l’échelle planétaire que localement.

Quelques faits :

  • Au Canada, plus de 500 femmes autochtones sont portées disparues et présumées mortes, et personne ne les recherche parce qu’elles sont Autochtones. Selon la Manitoba Justice Inquiry, il est évident que le meurtre de Helen Betty Osborne était un acte raciste et sexiste. Betty Osborne serait encore vivante aujourd’hui si elle n’avait pas été une femme autochtone.
  • Les données du recensement canadien de 2001 démontrent à quel point le racisme et l’oppression affectent l’égalité des femmes par rapport aux hommes et l’égalité des femmes entre elles. o Salaire annuel moyen des hommes au Canada : 36 865 $$ o Hommes des minorités visibles : 28 929 $ o Hommes vivant avec un handicap : 26 890 $ o Salaire moyen de l’ensemble des femmes au Canada : 22 885 $ o Hommes autochtones : 21 958 $ o Femmes des minorités visibles : 20 043 $ o Femmes vivant avec un handicap : 17 230 $ o Femmes autochtones : 16 519 $
  • Une étude du Réseau d’action des femmes handicapées de l’Ontario (DAWN Ontario) estime que 83 p. 100 des femmes vivant avec un handicap seront agressées sexuellement au cours de leur vie.
  • Les données sur les homicides révèlent qu’entre 1974 et 2000, les femmes âgées étaient plus à risque que les hommes âgés d’être tuées par leur conjoint. Plus de la moitié des femmes âgées qui ont été victimes d’un homicide dans la famille (52 p. 100) ont été tuées par leur conjoint, comparativement à un quart des hommes victimes d’homicide dans la famille (25 p. 100) (La violence à l’égard des personnes âgées – Fiche d’information du ministère de la justice du Canada).
  • Rosemary Brown a été la première femme noire de l’histoire du Canada à se faire élire à un parlement provincial, en 1972, et ce n’est qu’en 1974 qu’une femme a été élue chef d’un parti provincial pour la première fois. Jean Augustine a été la première femme noire à se faire élire au Parlement du Canada. C’était en 1993.

D’autres ressources : Institut canadien de recherche sur les femmes ( ICREF) – Feuillet sur les femmes immigrantes et réfugiées, Vivre le racisme au féminin, Coup d’œil sur les cadres d’analyse féministe intersectionnelle et autres. Native Women’s Association of Canada — Sisters in Spirit Campaign (NWAC) (En anglais seulement). Stolen Sisters: A Human Rights Response to discrimination and violence against Indigenous Women in Canada, Octobre 2004, Amnistie Internationale (en anglais seulement) Compte rendu du Forum sur la politique concernant les femmes Autochtone et la violence: Bâtir des familles et des collectivités en sécurité et en santé. Condition féminine Canada, Centre des congrès d’Ottawa, les 27 et 28 mars 2006. Réseau d’action des femmes handicapées de l’Ontario (DAWN) Springtide Resources: Women with Disabilities and Deaf Program (en anglais seulement) La violence envers les femmes handicapéesCentre national d’information sur la violence dans la famille, 2004 Ethno Racial People with Disabilities Coalition of Ontario (ERDCO) (en anglais seulement) Alliance Des Femmes de la Francophonie Canadienne Faire autant avec si peu… Bilan et profil des services en français en matière de violence contre les femmes (1994-2004). Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, 2004. 12e rapport du Comité permanent de la condition féminine, De l’indignation à l’action pour contrer la traite à des fins d’exploitation sexuelle au Canada, adopté par le Comité le 13 février 2007 et présenté à la Chambre des communes le 27 février 2007. Le trafic des femmes au Canada : une analyse critique du cadre juridique de l’embauche d’aides familiales immigrantes résidantes et de la pratique des promises par correspondance, Condition féminine Canada, 2000 La violence dans les relations lesbiennes : Information et ressources. Centre national d’information sur la violence dans la famille, Ottawa, 1998 Intersecting Inequalities: Immigrant Women of Colour, Violence & Health Care,par Yasmin Jiwani, FREDA, juillet2001 (en anglais seulement)