10. Écouter les survivantes et les militantes féministes ─ Elles sont les spécialistes

Les survivantes et les militantes des droits des femmes – souvent elles-mêmes des survivantes – ont travaillé ensemble à l’analyse et à l’élaboration d’une approche de la violence faite aux femmes acceptée dans le monde entier comme étant la meilleure façon de s’occuper du problème. Les militantes de l’égalité des femmes – les femmes autochtones, les femmes de couleur, les femmes immigrantes et réfugiées, les femmes à faible revenu, les femmes vivant avec un handicap, les femmes sourdes et les femmes qui vivent de la discrimination basée sur l’âge, l’orientation sexuelle, le milieu de vie, la langue ou la culture – ont alors exigé que l’oppression et l’exclusion soient reconnues et fassent désormais partie de l’analyse féministe officielle en matière de violence contre les femmes. Le leadership et l’approche de ces femmes – les survivantes et les militantes – sont essentiels pour trouver des façons de travailler à mettre fin à la violence faite aux femmes. Pourquoi ?

  • Ce sont les militantes des droits des femmes et les survivantes qui, les premières, ont proclamé que les femmes survivantes sont les expertes de leur propre vie et qu’il est essentiel que les militantes et les « aidantes » soient des alliées responsables dans le cheminement des femmes pour échapper à la violence ou surmonter ses conséquences. Cette « meilleure pratique » est la base de toutes les autres.
  • Ce sont les militantes pour les droits des femmes et les survivantes qui, à partir de rien, ont créé leurs propres organismes et leurs propres services alors que les milieux officiels et l’opinion publique les victimisaient et les blâmaient encore pour la violence.
  • Elles ont vécu plus 30 ans d’histoire « au féminin » et d’expérience de travail dans le domaine de la violence faite aux femmes. Elles constituent souvent les seuls groupes qui se consacrent concrètement non seulement à procurer des services individuels aux femmes et à leur enfants mais à éliminer toutes les formes de violence faite aux femmes.
  • Les militantes de l’égalité des femmes sont reliées au grand mouvement des droits à l’égalité qui est au cœur de la lutte pour mettre un terme à la violence faite aux femmes. La plupart des consultantes et consultants universitaires et institutionnels n’ont pas une démarche holistique qui tienne compte de l’égalité des droits et leur intervention intègre rarement une approche de justice sociale.
  • Les survivantes et les militantes pour les droits des femmes sont les mieux placées pour surveiller et évaluer la réaction et les pistes de solutions systémiques aux problèmes que nous affrontons.
  • Les militantes et les survivantes s’intéressent aux problèmes au jour le jour et restent à l’affût des nouvelles préoccupations qui ont une incidence sur les femmes et leurs enfants. Elles voient immédiatement les retombées des politiques sur la vie des femmes. Elles s’attaquent aux problèmes sur une base quotidienne et font preuve d’une plus grande motivation pour trouver une solution. Elles sont tout simplement plus informées sur la violence faite aux femmes et elles la connaissent mieux.
  • Les services de défense des droits des femmes et les groupes militants incluent la voix des survivantes dans leur réflexion et leur planification. Dans leur approche, ces femmes font part des besoins des survivantes à ceux et celles qui établissent les politiques et les systèmes quand les survivantes ne sont pas en sécurité ou qu’elles ne sont pas en mesure de le faire elles-mêmes.
  • Plusieurs des professionnels et des universitaires qu’on consulte maintenant comme spécialistes de la violence faite aux femmes ont été formés par les militantes de première ligne des milieux communautaires et leurs connaissances viennent parfois de l’observation des survivantes et de leurs enfants. Stressées et surmenées, ignorées et sous-payées, les militantes de première ligne continuent leur travail quotidien pendant que les spécialistes, les consultantes et les consultants professionnels ont le temps de consigner leurs connaissances et reçoivent des honoraires pour la présentation et la publication d’un savoir qu’ils ont acquis auprès des groupes de femmes et de leurs alliées. Les personnes responsables en attribuent le mérite à qui de droit.
  • Les groupes communautaires indépendants et les survivantes peuvent s’exprimer sans attendre la « permission » de systèmes plus grands ou d’instances supérieures. Les survivantes et les militantes se prononcent sur une justice sociale pour les femmes quand personne d’autre ne le fait !

Quelques faits :

  • La première maison d’hébergement pour les femmes vivant de la violence et le premier centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel ont ouvert leurs portes en 1973 et en 1974 à Toronto. Grâce aux militantes, il y a maintenant 100 maisons d’hébergement et 34 centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel en Ontario.
  • La première maison d’hébergement francophone a ouvert ses portes en 1976. Les premiers centres francophones d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel ont été subventionnés en 1991.
  • La Ontario Coalition of Rape Crisis Centres a été formée en 1977 et il y avait alors 12 centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel en Ontario. La même année, dix maisons d’hébergement (ou groupes qui espéraient en ouvrir une) se regroupaient pour lancer la Ontario Association of Interval and Transition Houses (OAITH).
  • La Ontario Association of Women’s Centres a été constituée en 1986, mais aujourd’hui, elle n’a aucun financement de fonctionnement permanent.
  • L’Action ontarienne contre la violence faites aux femmes (AOcVF), une coalition de services francophones contre la violence faite aux femmes, a été formée en 1988.
  • La Ontario Native Women’s Association (ONWA) a été fondée en 1972. ONWA est un « organisme provincial qui représente les femmes autochtones et leurs enfants sur les enjeux qui ont une incidence sur l’éducation et la justice ainsi que les problèmes politiques, sociaux et économiques de leur vie quotidienne ». ONWA est affiliée à l’Association des femmes autochtones du Canada et représente les femmes autochtones de l’Ontario, indépendamment de leur statut et de leur milieu.
  • Le Réseau d’action des femmes handicapées – Ontario (DAWN), un organisme provincial de femmes vivant avec un handicap et leurs alliées, a été formé en 1992. L’organisme aborde les problèmes, incluant les problèmes de violence faite aux femmes, dans une perspective féministe qui tient compte des handicaps. DAWN fonctionne sans financement depuis 1999.
  • La Ontario Association of Women’s Centres a été formée en 1986. Les coupures dans le financement imposées par le gouvernement ontarien et les mandats limités en matière de financement ont sérieusement porté atteinte à l’association mais récemment, elle a recommencé à s’organiser collectivement.

D’autres ressources : Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOvCF) DisAbled Women’s Network Ontario (DAWN) Ontario Coalition of Rape Crisis Centres (OCRCC) Ontario Association of Women’s Centres (OAWC) Ontario Native Women’s Association (ONWA)