1. Comprendre que la violence faite aux femmes est une question d’inégalité de droits

C’est le premier pas parce qu’il faut éliminer la violence des hommes envers les femmes, pas seulement s’y opposer ou en gérer les conséquences. L’inégalité entre les sexes est profondément enracinée dans les sociétés du monde entier et le Canada ne fait pas exception à la règle. La domination masculine et la subordination des femmes (le pouvoir des hommes sur les femmes) nous ont été léguées par l’histoire ce qui explique pourquoi le pouvoir et le contrôle des hommes sur les femmes sont encore omniprésents dans notre société. La famille, la loi, l’éducation, la santé, les gouvernements, les programmes sociaux, les affaires et la religion : tous nos « systèmes » en sont imprégnés. En tant que femmes, nous vivons l’inégalité à la maison, à l’école, au travail et dans nos milieux. Tout au long de l’histoire de l’humanité, on a tellement répété et soutenu, sur tous les tons, que c’est dans la « nature humaine » d’accorder moins de valeur aux femmes qu’aux hommes qu’on a fini par le croire. Ce n’est pas naturel. C’est un préjugé qui s’est intensifié au cours des siècles. Partout dans le monde, les femmes travaillent à le défaire et instaurer l’égalité.

Il y a plusieurs façons pour un groupe de prendre le pouvoir sur un autre et de le garder – plusieurs tactiques de contrôle.

  • Une de ces façons consiste à nous convaincre que l’inégalité de statut et de pouvoir est juste ou normale. Les personnes qui ont le pouvoir, autant que celles qui ne l’ont pas, sont conditionnées à le croire. Ces croyances forgent les mentalités – croire, par exemple, que les filles et les femmes ne sont pas importantes, qu’elles sont moins rationnelles et plus émotives que les hommes, qu’elles servent au plaisir sexuel des hommes ou encore que les hommes sont faits pour diriger et les femmes pour prendre soin des autres. Il est important de changer ces mentalités. Cependant, l’égalité n’est pas seulement une question d’attitude. Cela dépend aussi de l’endroit où nous habitons, de la manière dont nous vivons notre vie quotidienne et de la possibilité que nous avons de faire les choix que nous pensons les meilleurs pour nous.
  • Appauvrir les femmes en les payant moins pour leur travail, leur confier l’entière responsabilité du soin des enfants, compliquer leur accès à l’éducation ou à la formation à l’emploi, les écarter des emplois bien payés (ou de tout autre emploi) s’avèrent d’autres façons de prendre le pouvoir et de le garder. Ce sont là les conditions de vie réelles de la plupart des femmes en Ontario et dans le reste du Canada. La pauvreté et l’inégalité économique portent à croire que les femmes valent moins que les hommes ce qui rend les choses encore plus difficiles pour celles qui veulent mettre fin à une relation de violence, lutter contre le harcèlement sexuel ou racial au travail ou abandonner la prostitution, par exemple.
  • Une autre façon est de limiter au maximum les ressources et les services publics qui permettraient de mettre un terme à la domination masculine. Quand les gouvernements refusent d’offrir des programmes et des services pour aider les femmes pauvres ou n’en offrent pas assez – comme l’aide sociale, les services de garde, les logements de qualité, l’éducation et l’aide juridique, par exemple – ils contribuent, indirectement, à perpétuer l’inégalité des femmes et leur vulnérabilité face à la violence des hommes. Quand les agentes et agents d’immigration exigent que les femmes soient « parrainées » par leurs maris, les gouvernements créent des conditions qui incitent certains hommes à abuser de leur pouvoir et à contrôler leurs conjointes à coups de menaces de déportation ou de perte de statut.
  • La violence des hommes envers les femmes est en soi une manifestation de l’inégalité sexospécifique. Dans une société où les femmes sont considérées comme inférieures aux hommes et dans laquelle on s’attend à ce qu’elles satisfassent les besoins des hommes, la violence physique, psychologique ou émotive, le viol, l’agression et l’exploitation sexuelle, le harcèlement sexuel, le trafic des femmes et la prostitution sont la concrétisation de cette relation d’inégalité. C’est la domination masculine incarnée. La violence faite aux femmes engendre la peur et contribue à garder sous contrôle celles qui la subissent ou qui craignent que cela leur arrive. La violence faite à certaines femmes laisse croire à toutes les femmes qu’elles sont en danger et qu’elles ne sont pas valorisées dans leurs propres collectivités.

Quand les femmes sont inégales et dépréciées, les hommes concluent qu’ils ont le « droit » d’utiliser n’importe quel moyen, incluant la violence, pour les contrôler. Les hommes qui commettent des actes de violence contre les femmes le font parce qu’ils y croient. Cela n’a rien à voir avec les sentiments. La violence faite aux femmes est rarement causée par la maladie mentale ou la surconsommation de drogue ou d’alcool : c’est le résultat d’un système de croyances qui donne aux hommes le droit de contrôler les femmes, d’avoir des relations sexuelles avec elles quand ils le désirent, d’être servis et soignés par elles, de les châtier et de les punir quand ils sont frustrés ou déçus. Quand un homme tue sa conjointe, ce n’est pas parce qu’il a été provoqué ou qu’il a perdu le contrôle de lui-même : c’est souvent parce qu’il a perdu le contrôle sur elle ou qu’il veut lui rappeler qui commande. Il veut reprendre le contrôle ou l’augmenter ou encore punir la femme de ne pas avoir répondu à ses désirs. Le pouvoir et les privilèges que la violence donne aux hommes simplement parce qu’ils sont des hommes prive les femmes de liberté. C’est ce qui fait de la violence faite aux femmes une question de droits à l’égalité. La Déclaration (des Nations Unies) sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes stipule que la violence faite aux femmes est « une violation des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales des femmes » causée par « des rapports de force historiquement inégaux entre hommes et femmes ». En d’autres mots, les droits des femmes sont des droits humains. Et ces droits incluent le droit de vivre sans violence. Pour plusieurs femmes, cependant, cette inégalité et ce déséquilibre du pouvoir entre les hommes et les femmes ne représentent qu’une partie du problème. Leurs choix et leurs libertés sont aussi limités par d’autres formes d’inégalité découlant du partage inégal du pouvoir. Parce que la violence faite aux femmes résulte de l’inégalité des femmes sous toutes ses formes, il faut commencer par éliminer les conditions qui les empêchent d’être égales pour mettre un terme à la violence qui leur est faite. Pour changer les conditions qui engendrent ou encouragent la violence faite aux femmes, l’Ontario peut prendre plusieurs mesures. Vous en trouverez quelques unes dans le présent site Web. Incluez-les dans vos revendications.

Quelques faits :

  • Chaque seconde, quelque part au Canada, une femme subit une forme de violence sexuelle.
  • Plus de 86 p. 100 de l’ensemble des agressions sexuelles au Canada sont commises envers les femmes.
  • En Ontario, 30 p. 100 des femmes de 18 ans et plus vont subir une forme ou l’autre de violence criminelle au cours de leur vie.
  • Il y a cinq fois plus de femmes que d’hommes qui sont assassinées par leur partenaire intime. Les femmes qui tuent leur conjoint le font souvent par légitime défense ou après avoir subi des années de violence.
  • Bien que ce soit en Ontario que le revenu des femmes est le plus élevé au Canada, leur revenu moyen atteignait seulement 60 p. 100 de celui de leurs collègues masculins, en 2003. Or, la moyenne canadienne était de 62 p. 100.
  • Les femmes consacrent une fois et demie plus d’heures que les hommes au soin des enfants et aux tâches domestiques. Dans plus de la moitié des familles où les deux conjoints travaillent à temps plein, ce sont les femmes qui effectuent tous les travaux ménagers.

D’autres ressources Nouvelles politiques fédérales relatives à l’égalité des femmes : l’épreuve de la réalité (Institut canadien de recherche sur les femmes, novembre 2006) Women’s Civil and Political Rights in Canada: 2005 (en anglais) (pour consulter d’autres documents en français : Alliance canadienne féministe pour l’action internationale) L’égalité pour les femmes : au-delà de l’illusion (Condition féminine Canada, décembre 2005) Mesure de la violence faite aux femmes – Tendances statistiques 2006 (Statistique Canada) Femmes au Canada : rapport statistique fondé sur le sexe 5e éd. (Statistique Canada, 2006) Canadian Women Studies/les cahiers de la femme : Ending Woman Abuse, Hiver-printemps 2006 (en anglais) Étude approfondie de toutes les formes de violence à l’égard des femmes – Rapport du Secrétaire général des Nations Unies, 2006